Le 76e Congrès annuel de l’Institut d’histoire de l’Amérique française (IHAF) s’est déroulé du 24 au 26 octobre 2024 au Campus MIL de l’Université de Montréal autour du thème Mobilité, migrations et circulations en Amérique française. Ce rendez-vous annuel d’importance a été orchestré autour des enjeux de mobilité, de migrations et de circulations liés au durcissement des frontières, aux défis climatiques, économiques et sociaux, ainsi qu’aux débats concernant la circulation des biens et des personnes. Plusieurs chercheurs et membres étudiants du Laboratoire y ont participé. Dans une perspective de soutien actif à la relève, le LHPM a d’ailleurs décerné des bourses couvrant les frais d’inscription ainsi que certains frais de séjour et de déplacement aux membres étudiantes Claudèle Richard et Catherine Lampron.
Le Congrès s’est ouvert en soirée le 24 octobre 2024 avec une visite autonome du MEM – Centre des mémoires montréalaises, organisme partenaire du LHPM. Les participants ont pu déambuler gratuitement dans le musée et découvrir ses expositions mettant en lumière la ville de Montréal.
Le 25 octobre, Jean-François Palomino, professeur d’histoire à l’UQAM et collaborateur du Laboratoire, a assumé la présidence de la séance Empires coloniaux nord-américains: rumeurs, informations et propagandes (1700-1760). Dans le cadre de la séance Un siècle d’immigration belge à Montréal (1850-1950), Paul-André Linteau, professeur émérite du Département d’histoire de l’UQAM et codirecteur du Laboratoire, et Marie-Ève Harton, ont offert la communication « L’immigration belge à Montréal d’après les microdonnées des recensements (1871-1921) ». Celle-ci proposait de tracer un portrait collectif de l’immigration belge au Québec et dans la ville de Montréal afin de mesurer l’évolution des effectifs des immigrants et leur répartition dans l’espace. Mario Robert, président de la Société historique de Montréal et membre du bureau de direction du LHPM, a lui aussi participé à cette séance en présentant une communication intitulée « Jardiniers et fleuristes parmi les immigrants belges de l’île de Montréal (1851-1921) ». Son attention s’est portée sur les jardiniers et fleuristes nés en Belgique ayant œuvré sur le territoire de l’île de Montréal, leurs origines et les raisons pour lesquelles ils se sont installés au Québec.
De son côté, Magda Fahrni, professeure au Département d’histoire de l’UQAM et collaboratrice au LHPM, a présidé la séance À la recherche du pacifisme québécois. Ensuite, Claudèle Richard, doctorante en études urbaines à l’UQAM et membre étudiante du Laboratoire, a pris part à la séance Aménager l’environnement et exploiter le vivant en proposant la présentation « Les enjeux de mobilité associés à la présence et au transport des déchets à Montréal à l’ère de la traction animale (1800-1920) ». Sa présentation a abordé les solutions urbanistiques et législatives adoptées par l’administration municipale afin de contrer le problème de l’accumulation de déchets sur la voie publique, qui entravait la circulation des gens et des marchandises. Elle a aussi traité des défis géographiques et techniques associés au transport des ordures à l’époque. Pour approfondir le sujet, il est possible d’écouter l’épisode 8 du balado Dans les coulisses de l’histoire, produit par le Laboratoire. Celui-ci est consacré aux travaux de Claudèle sur la création du service de collecte des détritus à Montréal.
Les échanges se sont poursuivis le lendemain, soit le 26 octobre. Olivier Chiasson-Losier, candidat à la maîtrise en histoire à l’Université de Sherbrooke et membre étudiant du Laboratoire, a pris la parole lors de la séance Service dans les colonies et mobilité sociale en Nouvelle-France à travers la présentation « Mobilité et circulation chez les militaires du gouvernement de Montréal : spatialisation des trajets de recherche des déserteurs par le Conseil de guerre à la fin du Régime français (1740-1755) ». En s’appuyant sur une cartographie numérique du territoire de la Nouvelle-France et des parcours des chasseurs de déserteurs, il s’est interrogé sur la spatialisation de la justice et de l’administration coloniale, des champs de recherche encore méconnus en histoire de la Nouvelle-France.
La journée du 26 octobre fut aussi l’occasion pour Catherine Lampron, doctorante en histoire à l’Université de Sherbrooke et membre étudiante du LHPM, de présenter ses recherches à travers la communication « D’ouest en est et du nord au sud : la mobilité des personnes esclaves à Montréal (1700-1760) » qu’elle a livrée pendant la séance Trajectoires migratoires et circulations en Amérique française. Cette conférence visait à analyser les principaux facteurs caractérisant la mobilité des personnes esclaves de Montréal, soit le motif du déplacement et le genre de la personne esclavisée.
Ce même jour, Joanne Burgess, professeure associée au Département d’histoire de l’UQAM et directrice du LHPM, a assuré la présidence de la séance L’automobile, le vélo et le rapport aux infrastructures routières au Québec. Elle a aussi participé à la séance Entrepreneurs et migrants économiques, dans le cadre de laquelle elle a proposé la communication « Le migrant et sa fratrie : une analyse comparée des parcours migratoires au sein des familles des marchands canadiens-français de Montréal au 19e siècle ». Lors de celle-ci, elle a insisté sur l’importance de reconstituer le contexte familial et socioéconomique prémigratoire des individus quittant le monde rural pour la métropole, ce qui permet de mieux comprendre leur parcours et de fournir des pistes susceptibles d’éclairer les dynamiques migratoires à l’œuvre dans le Québec du 19e siècle. La séance s’est poursuivie avec la présentation « Les migrations interrégionales de Canadiens français vers Montréal : essai de mesure et de cartographie, 1850-1940 » livrée par Paul-André Linteau, Danielle Gauvreau et Hélène Vézina. Ensemble, ils ont mis en avant les méthodes et outils qu’ils utilisent pour étudier les migrations des Canadiens français vers la ville de Montréal. Ils ont notamment traité du fichier BALSAC des familles reconstituées du Québec, qui leur permet de s’intéresser aux mariages enregistrés dans les paroisses de Montréal pour les conjoints dont les parents se sont mariés dans une autre région. Le traitement de cette information permet d’établir l’ampleur et la distribution régionale de l’apport migratoire de conjoints vers Montréal sur une longue période.
Sophie Quirion, doctorante en histoire de l’art à l’UQAM et membre étudiante du LHPM, a participé à la séance Circulations transfrontalières et diffusions des savoirs en proposant la communication « La diffusion médiatique de la charpente à claire-voie au Québec : transferts culturels et innovations techniques ». Alors que la popularisation de la charpente à claire-voie au Québec est associée dès les années 1870 au développement des moulins à scie industriels répondant aux demandes du marché américain dans le secteur de la construction, elle a montré que la diffusion d’un discours médiatique dans les journaux d’agriculture québécois et les publications américaines à grand tirage a contribué à leur adoption massive dans la province.
Finalement, Martin Drouin, professeur au Département d’études urbaines de l’UQAM et membre du bureau de direction du Laboratoire, a pris part à la table ronde De la pertinence d’écrire une nouvelle histoire du tourisme. Cette dernière fut l’occasion de réfléchir à l’historiographie de ce champ de recherche et aux nombreux défis liés à son étude. Les intervenants se sont questionnés sur la manière d’écrire une nouvelle histoire du tourisme au Québec et en Amérique française. Ils se sont finalement demandé comment le fait de revisiter cette histoire permettrait d’arriver à une meilleure compréhension de la société québécoise et de la relation du Québec et de l’Amérique française avec le reste du monde.
Ces présentations témoignent du dynamisme de la recherche au sein du LHPM sur la thématique du Congrès et sur l’histoire de Montréal, révélant au passage la diversité et la richesse des enjeux méthodologiques abordés.

