Les Sundown Towns au Canada : échanges avec Myriam Guillemette

Le 26 février dernier s’est tenu un Midi du Labo consacré au phénomène des Sundown Towns en contexte canadien. Myriam Guillemette, chercheuse associée au Sundown Town Project (Université du Michigan) ainsi qu’à la Chaire de recherche du Canada en patrimoine urbain, a partagé avec le public ses plus récentes découvertes sur les ségrégations spatiales dans certaines villes canadiennes. Les échanges, animés par Martin Drouin, ont permis de lever le voile sur un aspect méconnu de l’histoire du pays.

À l’origine, le phénomène des Sundown Towns (villes de coucher de soleil) fait référence aux normes de ségrégation raciale visant à interdire la présence de certains groupes à l’intérieur de communautés urbaines aux États-Unis. Ces règles s’appliquaient notamment à partir de la nuit, moment où les personnes de couleur devaient quitter le territoire des villes ségréguées. Les chercheurs ont longtemps étudié ce phénomène chez notre voisin du sud. Myriam Guillemette a mis en lumière le fait que certaines communautés canadiennes ont également mis en place de tels systèmes d’exclusion à l’égard de populations – notamment autochtones – dont les conséquences se font encore sentir aujourd’hui.

À travers l’étude des agglomérations de Thompson et de The Pas, au nord du Manitoba, Myriam Guillemette a ainsi exposé les contextes qui ont favorisé l’établissement de Sundown Towns au tournant du XXe siècle. Elle souligne notamment le rôle des villes de compagnie – planifiées et construites pour les besoins d’une entreprise – ainsi que celui des milieux liés à l’industrie forestière et ferroviaire, aux pêcheries et aux conserveries.

Toutes deux situées en territoire autochtone, Thompson et The Pas ont été le théâtre de politiques d’exclusion visant les Premières Nations et les Métis. Si les manifestations ont varié, le résultat fut similaire : l’entassement des populations autochtones dans les quartiers périphériques de ces villes. Encore aujourd’hui, les indicateurs socio-économiques entre ces secteurs majoritairement autochtones et le centre urbain, principalement habité par les populations blanches, font état d’inégalités flagrantes en matière de revenus, de criminalité, de densité et d’infrastructures.

Au fil des échanges, Myriam Guillemette a ainsi pointé la manière dont le passé colonial a marqué le cadre bâti des deux villes et, incidemment, le climat social qui y règne. Elle a expliqué que les Premières Nations continuent de faire l’objet de discriminations, peut-être moins organisées, mais toujours bien présentes.

Heureusement, différents mouvements sociaux et des politiques de réconciliation cherchent à atténuer les effets de ce passé, mais beaucoup de travail reste à accomplir – ne serait-ce que pour faire connaître l’existence des Sundown Towns au Canada. En ce sens, les travaux de Myriam Guillemette sont aussi nécessaires que précieux.

Pour celles et ceux qui ont manqué la conférence, vous pourrez la rattraper bientôt sur notre chaîne YouTube!