La nouvelle exposition permanente du MEM présentée aux membres du Laboratoire

Le 12 décembre dernier, les membres du Laboratoire étaient invités par Catherine Charlebois, conservatrice en chef au Centre des mémoires montréalaises (MEM) et membre du Bureau de direction du LHPM, à une visite guidée de la nouvelle exposition permanente du musée intitulée, Montréal. Une dizaine de membres du Laboratoire ont ainsi eu l’occasion de découvrir, accompagnés par la conservatrice, cette nouvelle exposition orientée autour de deux questions centrales : Montréal, c’est quoi ? Montréal, c’est qui ? À deux semaines de Noël, c’était un beau cadeau qu’offrait le MEM aux membres du LHPM. Revenons rapidement sur l’histoire de ce lieu, gardien des mémoires montréalaises, et sur les moments forts de la visite.

Le Centre des mémoires montréalaises est un nouvel espace muséal à Montréal qui s’inscrit dans la continuité du Centre d’histoire de Montréal (CHM). L’établissement privilégie l’approche de la nouvelle muséologie qui place le citoyen et la pluralité mémorielle au centre de l’expérience muséal. Un virage qu’avait amorcé le CHM au début des années 2000 et qui peut maintenant s’affirmer pleinement dans les magnifiques locaux dédiés au MEM, à l’intersection des rues Sainte-Catherine et Saint-Laurent. La mission du MEM consiste à « valoriser la diversité des identités montréalaises et de leurs histoires à travers des expériences humaines authentiques et inclusives, où les citoyennes et les citoyens se racontent et se rencontrent ».  

Une particularité du musée que nous a présenté Catherine Charlebois lors de la visite est son approche décloisonnée, qui se reflète notamment dans l’attribution de certains éléments de gouvernance à des comités composés de citoyens. L’exposition permanente présentée aux membres du LHPM présents est un exemple remarquable de ce processus. Elle est le résultat de travaux où une diversité de voix a pu se faire entendre. Une démarche participative qui tend à déstabiliser l’autorité généralement attribuée au commissaire d’exposition. Mais, ce fonctionnement n’exclut pas pour autant les spécialistes de l’histoire, qui ont eux aussi contribué à l’exposition. Parmi ceux-ci, on remarque les noms de Paul André-Linteau, professeur émérite à l’UQAM et codirecteur, Laboratoire d’histoire et de patrimoine de Montréal, ainsi que de l’historien Jean-Philippe Garneau, également professeur au Département d’histoire de l’UQAM.

Les mémoires montréalaises sont donc au centre de l’expographie que propose la première exposition permanente du MEM. Elles s’incarnent dans de nombreux témoignages tout au long du parcours, que l’on peut écouter, regarder, ou lire. Ces témoignages sont regroupés par thématiques, sans égard à la chronologie. Le parcours présente en effet une pluralité de voix citoyennes, illustrant par exemple la diversité des parcours migratoires, les différentes façons d’habiter la ville, ou encore les particularités linguistiques des Montréalais. Certains attributs importants de l’histoire de Montréal sont présentés aux visiteurs d’un point de vue citoyen, en particulier l’importance du logement dans la ville. Une installation remarquable présente d’ailleurs un édifice à appartements, avec ses multiples fenêtres qui ouvrent sur une multiplicité d’expériences et de vécus. C’est cette « montréalité encapsulée » dont parle Catherine Charlebois, que l’on réussit à véhiculer avec cette installation, qui fait d’ailleurs face à une pile de boites, rappelant les nombreux déménagements qui marquent annuellement la ville, mais aussi la précarité des locataires.

Une des fenêtres de l’installation présente par ailleurs les enjeux d’accessibilité au logement pour les personnes en situation de handicap, une réalité qui affecte un grand nombre de Montréalais. Notons à ce sujet que le MEM a conçu, avec son partenaire AlterGo, une activité éducative pour les groupes scolaires intitulée Montréal accessible. Cette activité a récemment été bonifiée d’une perspective historique étendue, par l’entremise d’un partenariat de recherche entre le LHPM et le MEM. Ces façons d’habiter la ville côtoient également d’autres thèmes, comme l’industrie, le commerce et la consommation, regroupés de façon élégante dans une installation d’objets judicieusement sélectionnés.

Les mémoires collectives n’échappent pas au récit élaboré par l’équipe du MEM et les comités citoyens responsables de l’exposition. S’éloignant momentanément d’une perspective individuelle, la « machine à remonter le temps », une installation immersive qui mélange des projections vidéo et des artéfacts significatifs du vivre ensemble, présente les différentes modalités d’expression de la collectivité montréalaise. Six « voyages » de cinq minutes sont proposés aux visiteurs, à travers une mixité de grands et petits évènements qui ont marqué l’expérience collective montréalaise. Parmi ceux-ci, on retrouve bien sûr l’Expo 67, une autre thématique où le LHPM collabore activement avec le MEM à l’avancement de la recherche, notamment sur le projet Mémoires d’Expo 67. Soulignons enfin l’installation originale intitulée Montréal municipal, qui met en scène les services municipaux et l’ingénierie de la ville par un système de tuyauterie relié, où les soupapes de pression représentent les revendications citoyennes au fil du temps.

Les membres présents ont bien apprécié cette visite intime et personnalisée de la nouvelle exposition permanente Montréal, qui est tout à fait originale parmi l’offre des musées d’histoire montréalais. C’était pour eux l’opportunité d’en apprendre davantage sur sa conception et les réflexions qui ont soutenu son élaboration. À quiconque n’a pas encore visité le MEM, rendez-vous-y sans tarder, vous ne serez pas déçu par ce lieu d’histoire et de mémoire très riche et innovant!