Auteur : Beaulieu, Marion

Le patrimoine industriel de Montréal s’affiche au congrès soulignant les 30 ans de l’AQPI

Les 26 et 27 octobre 2018, professionnels et amateurs du patrimoine industriel se sont retrouvés pour célébrer les 30 ans de l’Association québécoise pour le patrimoine industriel (AQPI) dans un lieu emblématique de l’industrie montréalaise, la Brasserie Molson de la rue Notre-Dame Est. Au programme du congrès : conférences, ateliers d’idéation et une séance de présentations par affiche parrainée par le Laboratoire d’histoire et de patrimoine de Montréal (LHPM).

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Retour sur la table ronde Camillien Houde: de l’histoire au théâtre

Le lundi 10 décembre 2018 s’est tenu l’événement « Camillien Houde: de l’histoire au théâtre ». La table ronde proposait un regard croisé et un dialogue entre historiens et artistes du monde du théâtre à partir de la pièce Camillien Houde, « le p’tit gars de Sainte-Marie ».

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Trouver plus et trouver mieux: du nouveau pour la Biblio et la Chrono

À l’automne 2018, des contenus additionnels et de nouvelles fonctionnalités bonifient la Bibliographie de Montréal et la Chronologie de Montréal. Plus que jamais, ces deux outils numériques développés au Laboratoire se révèlent des indispensables de la recherche sur l’histoire de Montréal.
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Revivre le Forum d’histoire et de patrimoine de Montréal grâce à la revue Histoire Québec et une vitrine Web

Un an après la tenue du Forum d’histoire et de patrimoine de Montréal. Découvrir la métropole par ses quartiers, la Fédération Histoire Québec et le Laboratoire donnent un nouveau souffle à l’événement.
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Le numérique pour revisiter et célébrer le passé

Par Jean-Denis Rondeau
Texte publié au sein de la revue Histoire Québec, vol. 24, no 2, 2018, p. 20-22.

Les spectaculaires évènements du 375e anniversaire de Montréal, notamment Montréal AVUDO et l’illumination du pont Jacques-Cartier, ont mis en relief l’importance du numérique dans les commémorations et la mise en valeur d’éléments patrimoniaux. Le numérique a littéralement révolutionné notre rapport au passé. Cependant, pour que les investissements en temps et en argent dans les nouvelles technologies portent fruit, les défis ne manquent pas.

Le nerf de la guerre : l’argent et la capacité de résister au temps
Le succès retentissant de Cité Mémoire, qui projette l’histoire de Montréal sur les murs du Vieux-Port, démontre que le numérique offre des possibilités ahurissantes pour contempler et célébrer le passé. Le déploiement de tels outils peut toutefois s’avérer un véritable risque. Les principaux enjeux relatifs à la commémoration par le numérique ont été mentionnés à la table ronde « La commémoration à l’ère du numérique », qui s’est déroulée durant le Forum d’histoire et de patrimoine de Montréal. Découvrir la métropole par ses quartiers, le 27 octobre 2017. Il s’agit des enjeux de financement et de pérennité, intrinsèquement liés.

L’illumination du pont Jacques-Cartier durant une décennie pour commémorer le 375e de Montréal aura coûté près de 40 millions. Cité Mémoire, de son côté, dépense chaque année environ 800 000$ pour maintenir les projections fonctionnelles, montant qui n’inclut pas la création et la mise en place du projet. Il est évident que l’utilisation d’outils numériques engendre des coûts très élevés et qu’elle est conditionnelle à l’obtention de financements non négligeables. De plus, c’est une technologie qui évolue à grande vitesse et qui peut donc devenir désuète rapidement, ce qui menace la pérennité du produit. Katy Tari, directrice des collections au musée Pointe-à-Callière, a travaillé dans le passé sur des projets qui ont vu leur durée de vie grandement réduite, soit parce que le médium employé n’est plus vraiment utilisé, comme dans le cas des cd-roms, ou encore parce qu’il est devenu désuet, comme un site internet qui emploie des plugiciels qui ne sont plus à jour, empêchant le visiteur de consulter son contenu. Il est toujours envisageable de mettre à jour le contenu numérique, mais ce processus est très coûteux et la migration vers un autre support ou la mise à jour sont donc souvent contraintes à être abandonnées. Bien sûr, tout projet commémoratif, qu’il soit numérique ou non, fait face à l’enjeu de la pérennité. Cependant, les changements rapides et drastiques de la technologie peuvent accélérer le processus de désuétude et entraîner de fâcheuses surprises quant à la durée prévue de la production numérique.

Les musées et le numérique : un mariage heureux?
Selon Joanne Burgess, professeure d’histoire à l’UQAM et directrice du Laboratoire d’histoire et de patrimoine de Montréal, le numérique a littéralement envahi les musées et a bousculé le concept même de « musée ». En effet, ceux-ci peuvent maintenant se projeter à l’extérieur de leurs murs grâce aux réseaux sociaux et à la numérisation de leurs collections. L’interactivité offerte par le numérique transforme de façon positive la relation du visiteur avec l’exposition et à l’espace. Le numérique peut aussi bonifier l’expérience du visiteur lorsqu’il est employé pour donner vie au parcours, comme dans les incontournables expositions « Collecteur de mémoires » et « Les bâtisseurs de Montréal » du musée Pointe-à-Callière. En revanche, la numérisation du contenu muséal et sa diffusion peuvent aussi entraîner une baisse de fréquentation. Il peut s’avérer moins tentant de se déplacer et de payer une entrée pour un musée si l’on peut apprécier son contenu de chez soi.

Pour André Delisle, directeur général du Château Ramezay, la numérisation à grande échelle des documents d’archives et des objets historiques a provoqué une certaine dépréciation des originaux. Le fait que des collections entières peuvent être virtualisées et rendues accessibles gratuitement partout et en tout temps soulève la question de la pertinence de conserver la collection originale, qui prend de l’espace et qui entraîne des coûts d’entretien. Pourtant, M. Delisle est convaincu qu’il n’y a rien comme voir l’objet authentique, expérience qui ne pourra jamais être vécue par le biais du numérique. De plus, il rappelle que l’histoire (tout comme la technologie d’ailleurs) est en constante évolution. Se débarrasser d’objets du passé sous prétexte qu’ils sont accessibles en ligne pourrait s’avérer une grossière erreur, alors qu’une nouvelle technique de datation ou de meilleures résolutions de numérisation pourraient voir le jour peu après.

Léon Robichaud, professeur d’histoire à l’Université de Sherbrooke et spécialiste des humanités numériques, considère que l’une des erreurs les plus courantes dans l’intégration du numérique dans les musées est de s’imaginer que l’ensemble du public est passionné par la technologie. Par exemple, le fait d’intégrer une borne numérique interactive dans une exposition muséale traditionnelle peut isoler la technologie dans un coin et ne susciter que l’intérêt de quelques curieux qui tenteront d’actionner les différents boutons de l’interface afin d’explorer le contenu. Puisque ces bornes coûtent très cher à mettre en place, les organisateurs doivent être conscients de ce risque. Dans l’exposition Nourrir le quartier, nourrir la ville, de l’Écomusée du fier monde, l’expérience acquise et le travail de collaboration entre experts en numérique, en recherche et en scénographie permis une intégration réussie du numérique. Plutôt que d’opter pour une seule borne qui rassemblait tout le contenu numérique, les éléments technologiques ont été littéralement découpés puis saupoudrés dans l’exposition pour que les gens ne considèrent pas ces apports numériques comme un produit à part, mais comme une partie intégrante du récit qui leur était présenté. Deux bornes offraient la possibilité d’utiliser des applications cartographiques interactives et une autre permettait de manipuler un modèle 4D d’une usine et des documents textuels, iconographiques et sonores, ce qui facilitait la compréhension du modèle présenté. Afin de rendre le contenu numérique accessible, les experts avaient conçu une interface conviviale que les visiteurs pouvaient s’approprier facilement.

L’ère du numérique a décuplé les possibilités de rendre le passé plus présent, plus spectaculaire et plus vivant. Ce n’est pas une vague ni même un ouragan, c’est un tout nouveau climat auquel il faut s’adapter. Avec l’évolution effarante de la technologie, il est difficile de prévoir la forme que prendra le numérique dans les évènements commémoratifs et dans les musées au cours des prochaines décennies. Ce qui est certain, c’est que la présence du numérique continuera de transformer notre rapport au passé et de nous offrir des moyens inattendus pour le revivre et le célébrer.

L’histoire de Cité Mémoire 

En 2006, la Société de développement du secteur commercial du Vieux-Montréal, la Société du Vieux-Port de Montréal, le Regroupement des organismes culturels du Vieux-Montréal ainsi que des citoyens du quartier historique se sont réunis pour imaginer un évènement qui serait rassembleur, innovateur, et qui mettrait en valeur l’immense richesse de l’histoire de Montréal. Martin Laviolette a alors mis sur pied Montréal en Histoires et l’organisme à but non lucratif derrière Cité Mémoire était né. L’idée était de raconter l’histoire de Montréal à travers ses murs. Selon Martin Landry, responsable du contenu historique et pédagogique chez Montréal en Histoires, le Vieux-Montréal, malgré sa grande beauté, avait encore plusieurs façades moins jolies, laissées de côté par des travaux d’embellissement du quartier effectués dans les années 1990. Les organisateurs ont donc décidé d’identifier ces murs ternes, comme certaines façades bordant des stationnements et des ruelles délaissées, et de les rendre attrayants. Ils ont décidé de raconter l’histoire de la ville de façon différente, en présentant des tableaux sur ces murs : des œuvres lyriques inspirées de personnages et d’évènements historiques. La création de la trame artistique de l’œuvre a été confiée à Michel Lemieux et Victor Pilon, et les textes ont été rédigés par Michel-Marc Bouchard.

Au départ, les organisateurs ne pensaient pas que le projet se déroulerait encore lors du 375e anniversaire de Montréal. Cependant, son succès était retentissant et le financement privé, qui a pris la relève des fonds initiaux, était au rendez-vous. En 2016, Cité Mémoire s’est déployé sur un peu plus de 23 surfaces. Après une année complète, ce chiffre s’est décuplé pour atteindre 25 tableaux, 77 points d’intérêt, 29 réalités augmentées et 3 réalités virtuelles. L’application gratuite Montréal en Histoires a été téléchargée plus de 160 000 fois. 1 million de personnes ont vécu l’expérience Cité Mémoire. Aujourd’hui, Cité Mémoire planifie son avenir en termes de décennies. Le projet a reçu une reconnaissance à l’international, étant donné son succès et le fait qu’il s’agit encore à l’heure actuelle du plus grand parcours de vidéo projection au monde. Les organisateurs de Cité Mémoire ont reçu plusieurs demandes d’Europe, d’Asie et des États-Unis. Un partenariat se dessine avec la Ville de Paris, ainsi qu’avec la Chine. Le projet montréalais a décidément le vent dans les voiles!

Jean-Denis Rondeau a obtenu son baccalauréat en enseignement de l’histoire et de la géographie au secondaire en 2017. Il est présentement étudiant à la maîtrise au département d’histoire de l’UQAM. Son mémoire, toujours en rédaction, porte sur la politique étrangère des États-Unis envers le Nicaragua durant la présidence de Jimmy Carter. Il est passionné par l’histoire diplomatique, politique et militaire de l’Antiquité à nos jours.

Le cours mythique de Paul-André Linteau

Par Jean-Denis Rondeau
Texte publié au sein de la revue Histoire Québec, vol. 24, no 2, 2018, p. 12-14.

Pendant plus de trente ans, le cours d’histoire de Montréal de Paul-André Linteau fut l’un des cours les plus connus et appréciés de l’Université du Québec à Montréal. Le succès de ce cours légendaire reposait sur deux principes centraux : quitter la salle de classe pour aller explorer la ville et s’imprégner de son histoire, et apprendre aux étudiants à travailler comme de vrais historiens. Ces deux ingrédients, une fois mélangés avec la passion contagieuse de M. Linteau pour l’histoire de la métropole, ont marqué plusieurs générations d’étudiants.

Apprendre à lire et écouter Montréal
L’un des éléments les plus marquants et les plus appréciés du cours était sans contredit les fameuses visites sur le terrain. La ville -avec ses bâtiments, ses clôtures, ses rues et ses espaces publics- étant l’objet du cours, M. Linteau jugeait fondamental de voir ces espaces urbains pour se les approprier et comprendre leur histoire. Il quittait donc la salle de classe en compagnie de ses étudiants pour se rendre à différents lieux dans la ville, entre deux et quatre fois par session.

Armé uniquement de ses célèbres fiches aide-mémoire, il était imperturbable face au froid et à l’incessant vacarme des travaux de construction et de la voirie. Ses étudiants essayaient tant bien que mal de suivre son rythme soutenu alors qu’il parcourait les rues pour leur permettre de décoder la ville, de la lire comme s’il s’agissait d’un manuscrit et de découvrir la signification historique de ses espaces. La ville était dévoilée et perçue comme elle était vraiment : une succession de couches historiques qui s’empilent les unes par-dessus les autres, une superposition d’époques et de styles architecturaux. Les étudiants apprenaient le rôle historique des différents lieux, ils pouvaient suivre leur transformation à travers les décennies et entendre ce que ces lieux nous disent aujourd’hui sur notre histoire.

L’un des quartiers incontournables était le Vieux-Montréal, dans l’arrondissement Ville-Marie, où l’on pouvait retracer l’histoire de Montréal, de sa fondation jusqu’à notre époque. La visite de la place d’Armes était particulièrement appréciée par M. Linteau, car chacun de ses côtés raconte une facette de l’histoire de la ville. Le côté sud, où trône la Basilique Notre-Dame, évoque le volet français et catholique. Le côté nord, avec l’édifice de la banque de Montréal, représente l’aspect anglo-écossais, protestant et financier. Le côté est, là où se situe l’édifice New York Life Insurance, témoigne de l’influence américaine, alors que le côté ouest, à l’ombre du 500 Place d’Armes, illustre le Québec contemporain. Une visite dans le Mille carré doré offrait la possibilité de contempler la transformation d’un ancien quartier bourgeois anglophone en un deuxième centre-ville. Un parcours en autobus dans l’est de la ville permettait quant à lui de fouler un sol où avaient été développées diverses banlieues francophones. Les historiens en devenir et leur guide commençaient ce trajet par la ville de Maisonneuve (là où se situe actuellement le marché Maisonneuve), l’ancienne banlieue francophone de la fin du 19e siècle, encore perceptible sous les nouveaux aménagements urbains. Ils se rendaient ensuite à la Cité-jardin du Tricentenaire, construite au début des années 1940, avant d’aller dans le Nouveau Rosemont, banlieue annexée au début du 20e siècle, qui comprenait une immense zone dans l’est qui ne s’est urbanisée que dans l’après-guerre. Le parcours prenait fin à Saint-Léonard, anciennement côte Saint-Michel, une banlieue développée par une coopérative de Canadiens français liés aux milieux syndicaux et catholiques.

Remonter aux sources
Le cours d’histoire de Montréal fut également, pour de nombreux étudiants, un premier contact avec les sources historiques. M. Linteau, plutôt que de demander à ses étudiants de lire et de résumer la pensée d’historiens, préférait leur apprendre à devenir eux-mêmes de vrais historiens en interprétant ces traces du passé. Chaque étudiant devait choisir un segment de rue, par exemple, la rue Saint-Hubert, entre René-Lévesque et Sainte-Catherine, et devait faire une recherche, à l’aide entre autres des annuaires Lovell, afin d’examiner différents phénomènes, comme la mobilité de la population et la composition sociale de ces bouts de rues. Les étudiants pouvaient brosser un portrait des gens qui avaient habité ces rues (leurs métiers, leurs origines) pour découvrir leur transformation au fil du temps.

Les annuaires Lovell
Entre 1842 et 2010, les annuaires Lovell ont recensé le lieu de résidence des habitants de Montréal et de ses banlieues. Ces ouvrages de référence offrent un portrait détaillé pour tout chercheur s’intéressant à la généalogie, à l’histoire sociale ou à la géographie urbaine. Ces documents ont été numérisés et sont disponibles en ligne sur le site de la Bibliothèque et archives nationales du Québec.

Ce cours était un plongeon dans la ville et son histoire. Il pouvait faire naître chez les étudiants un amour pour la ville et une passion pour le métier d’historien, les inciter à se réorienter vers l’histoire urbaine et même leur donner le goût de poursuivre leurs études à la maîtrise. « Son cours m’a appris à aimer Montréal. Ça a été mon premier vrai contact avec le métier d’historienne ». C’est la première chose que m’a dite Cassandra Smith, une ancienne étudiante de M. Linteau, lorsque je lui ai demandé de me parler de son expérience avec le cours d’histoire de Montréal. Bref, c’était un cours qui pouvait changer une vie.

Au-delà du cours, une personnalité remarquable
La personnalité du professeur était aussi très appréciée par les étudiants. En effet, M. Linteau ne partageait pas que ses connaissances encyclopédiques, il partageait également sa passion. Son amour pour l’histoire de Montréal était tout simplement contagieux. De plus, malgré sa renommée qui a traversé l’Atlantique, sa grande expertise et le succès retentissant de son cours, M. Linteau est toujours resté très humble. Même dans les années qui précédaient sa retraite, il sollicitait les opinions des étudiants sur son cours et les écoutait avec intérêt. Imaginez un chef d’orchestre de renom qui, lors d’un entracte, consulte des spectateurs pour leur demander si sa prestation est à la hauteur de leurs attentes… L’importance d’être habité par une telle humilité alors que l’on est au sommet a été l’un des apprentissages les plus marquants du cours pour plusieurs étudiants.

M. Linteau est aujourd’hui à la retraite. Lors de sa conférence au Forum d’histoire et de patrimoine de Montréal : découvrir la métropole par ses quartiers, le 27 octobre 2017, il mentionnait que la production de synthèses historiques avait été l’un des plus grands plaisirs de sa carrière. Au cours de l’entrevue qu’il m’a accordée pour cet article, il m’a fait part d’un autre aspect de son métier qu’il avait particulièrement aimé : enseigner et travailler avec les étudiants, année après année. Merci, M. Linteau, d’avoir partagé votre passion avec plusieurs générations.

Le cours d’histoire de Montréal à travers les années

Le cours d’histoire de Montréal tire ses origines du cours d’histoire urbaine du Québec, mis sur pied au milieu des années 1970 par Paul-André Linteau. À cette époque, l’histoire urbaine était encore un champ en développement au Canada et peu de recherches portaient sur les villes du Québec, exception faite de Montréal. La grande majorité de la matière du cours portait donc sur la métropole, qui faisait déjà l’objet d’un large corpus documentaire. Après avoir enseigné ce cours pendant une dizaine d’années, M. Linteau croyait que le temps était venu d’offrir un cours spécifique sur l’histoire de Montréal, étant donné le déséquilibre du cours d’histoire du Québec. La proposition fut acceptée par le comité du programme d’histoire et, en 1986, M. Linteau donnait le tout premier cours universitaire entièrement consacré à l’histoire de Montréal.

Si le cadre général du cours n’a pas changé de façon significative au fil des années, de nouvelles recherches ont toutefois amené M. Linteau à redéfinir des aspects importants de son message. Par exemple, dans les années 1970, la classe ouvrière montréalaise était perçue comme un groupe exploité, dominé par le capitalisme, vivant constamment sous le seuil de la pauvreté et aucunement maître de son sort. La grande partie de la population de Montréal était donc généralement présentée selon une vision misérabiliste, dans une interprétation victimisante de ses conditions de vie. Au tournant des années 1990, de nouvelles recherches s’intéressaient à la vie ouvrière du point de vue des femmes, à la cellule familiale et aux conditions de logement. Les citoyens du passé étaient dorénavant perçus comme des acteurs sociaux dotés d’une certaine autonomie. Le rôle des femmes était maintenant considéré comme fondamental, car elles parvenaient à vêtir et nourrir la famille avec les moyens dont elles disposaient. Le cours d’histoire de Montréal a aussi connu plusieurs changements apportés par l’évolution des systèmes informatiques. Au moment où M. Linteau donnait son premier cours d’histoire de Montréal, les documents historiques devaient être consultés là où ils étaient conservés. De nos jours, une connexion à internet suffit pour avoir accès à une innombrable quantité de sources. Les avancées dans le monde du numérique ont permis à M. Linteau et ses étudiants de procéder à des traitements de données complexes qui auraient auparavant représenté une charge de travail considérable, en plus d’offrir un éventail de documents et de possibilités inimaginables en 1986.

Jean-Denis Rondeau a obtenu son baccalauréat en enseignement de l’histoire et de la géographie au secondaire en 2017. Il est présentement étudiant à la maîtrise au département d’histoire de l’UQAM. Son mémoire, toujours en rédaction, porte sur la politique étrangère des États-Unis envers le Nicaragua durant la présidence de Jimmy Carter. Il est passionné par l’histoire diplomatique, politique et militaire de l’Antiquité à nos jours.