Le 28 avril dernier, des membres du Laboratoire d’histoire et de patrimoine de Montréal ainsi que des gens du public se sont rencontrés au MEM — Centre des mémoires montréalaises pour une visite exclusive de l’exposition Lueur d’espoir? L’Institut du radium de Montréal contre le cancer. Ce fut une occasion unique de découvrir le rôle incontournable de cette institution dans la recherche médicale, ainsi que les promesses et les déceptions portées par le Radium 88.
Olivier Dufresne, directeur de l’Atelier d’histoire Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, a guidé le public à travers le parcours, qui prend la forme d’une tragédie grecque. Le format, a priori surprenant, s’avère judicieux pour mettre en récit les hauts et les bas de la recherche d’un remède contre le cancer, qui s’inscrit dans la longue durée.
Lueur d’espoir? L’Institut du radium de Montréal contre le cancer prend pour appui l’exposition virtuelle Aux origines de l’oncologie canadienne : L’Institut du radium de Montréal, présentée aux Musées numériques Canada. Au MEM, elle se tient dans l’espace Kiosque, un lieu d’expression communautaire et citoyenne. L’exposition, accessible gratuitement, raconte la fondation et le déclin de cet institut, qui fut un temps à la fine pointe de la science, avant de décliner après la Deuxième Guerre mondiale et de disparaitre discrètement en 1967.
Fondé dans l’ancienne ménagerie de l’Université de Montréal, rue Saint-Denis dans le Quartier latin, en 1922, l’Institut du radium de Montréal a par la suite été déménagé dans le très bel hôtel de ville de Maisonneuve, situé dans le quartier du même nom, au coin des rues Pie IX et Ontario Est, devenu depuis la Bibliothèque Maisonneuve.
L’exposition raconte également comment le Radium 88, découvert par Marie Sklodowska-Curie en 1898, devint rapidement, à l’échelle planétaire, un traitement jugé efficace contre certaines formes de cancer et toute autre forme d’inflictions. On lui prêtait même des propriétés miraculeuses, allant jusqu’à en incorporer dans des produits cosmétiques. Le visiteur y découvre ensuite le parcours du chercheur et médecin québécois Ernest Gendreau, un des porteurs de ce traitement révolutionnaire à l’époque, avant son déclin face à la chimiothérapie et d’autres formes de radiothérapie au cours du XXe siècle.

Intrigué, le visiteur navigue parmi les panneaux explicatifs et les témoignages. Il explore comment le traitement contre le mal grandissant qu’est le cancer poussa le docteur Ernest Gendreau à militer activement pour obtenir du financement auprès du gouvernement québécois d’Alexandre Taschereau. Gendreau souhaitait alors que ce dernier finance l’achat de radium et la création d’un institut du radium comme on en retrouve à Paris et ailleurs dans le monde, comme en Indochine française.
L’exposition, captivante, met bien en valeur l’immense travail archivistique réalisé par l’équipe de l’Atelier. Le radium y est non seulement présenté comme un traitement médical, mais aussi comme un phénomène de société qui toucha l’ensemble des Montréalaises et Montréalais.
L’usage du genre de la tragédie grecque est tout à fait adapté à cette histoire et l’équipe de l’Atelier dose bien, dans les informations qu’elle véhicule, les faits et les anecdotes historiques qui font de cette histoire une histoire de gens. La tragédie, par définition, propose une fin dramatique à cette épopée scientifique. Mais le déclin de l’Institut du radium ne signa pas la fin de la recherche médicale, puisque sa disparition permit aussi à une autre organisation — l’Institut du cancer de Montréal — de croître et d’assurer, encore aujourd’hui, des soins avancés dans le traitement du cancer.
L’exposition Lueur d’espoir? L’institut du radium de Montréal contre le cancer est présentée au MEM jusqu’au 26 juillet prochain.


