Montréal, pôle migratoire des francophones en Amérique du Nord

Durant la dernière année, le chantier montréalais du partenariat de recherche Trois siècles de migrations francophones en Amérique du Nord (1640-1940) (TSMF) s’est consolidé.  Dirigé par Joanne Burgess et Paul-André Linteau, respectivement directrice et codirecteur du LHPM, Mario Robert, membre de la direction scientifique du Laboratoire, ainsi que par Danielle Gauvreau (Université Concordia), Marie-Ève Harton (UQTR) et Hélène Vézina (UQAC), il rassemble quatre projets de recherche novateurs s’intéressant aux mouvements migratoires francophones vers Montréal.

Les mouvements migratoires vers Montréal ont fait l’objet de nombreuses études au fil des ans, mais leurs résultats sont loin d’épuiser le sujet. La plupart des travaux reposent sur des études de cas qui ne permettent pas d’appréhender les phénomènes dans leur ensemble. Par ailleurs, ces phénomènes s’avèrent bien souvent difficiles à mesurer. Le chantier Montréal, pôle migratoire des francophones en Amérique du Nord vise donc à explorer de nouvelles avenues méthodologiques afin de mieux cerner l’ampleur et les caractéristiques des mouvements migratoires liés à Montréal et en fournir des analyses plus fouillées.

Le pôle montréalais du partenariat regroupe quatre projets qui interagissent et offrent une réflexion commune tant sur l’étude globale des mouvements migratoires que sur l’examen de circuits et de parcours spécifiques. Ainsi, Mario Robert, président de la Société historique de Montréal, Paul-André Linteau, professeur émérite au Département d’histoire de l’UQAM, et Marie-Ève Harton se penchent sur l’établissement à Montréal d’immigrants belges durant la période 1870-1930. Ce projet s’intéresse plus précisément aux caractéristiques d’ensemble de la communauté belge dans la métropole et aborde les trajectoires particulières des migrants (familles, professions, réseaux). Notons que MM. Robert et Linteau ont offert plusieurs communications à ce sujet au cours des dernières années. Du nombre, il est possible de visionner sur YouTube leur conférence « Regards sur les immigrantes et immigrants belges à Montréal », présentée le 26 janvier 2023 dans le cadre des Midis du Labo. Le public peut aussi consulter une carte narrative (story map), produite par Mario Robert, sur le parcours migratoire de la famille Meese de la Belgique à l’île de Montréal de 1858 à 1913, de même que la transcription de la conférence « Montréal, plaque tournante migratoire des francophones ». Cette dernière fut donnée par M. Linteau en 2019 lors du colloque Montréal dans le système migratoire francophone nord-américain, 1760-1930 : bilans et pistes de recherche, organisé conjointement par l’équipe du partenariat TSMF et par le Laboratoire.

De son côté, Joanne Burgess, professeure au Département d’histoire de l’UQAM, mène le projet Devenir Montréalais au 19e siècle. Celui-ci se penche sur les parcours migratoires et socioprofessionnels de deux groupes spécifiques de Canadiens français établis à Montréal au 19e siècle, soit les marchands de produits de nouveauté et les maîtres boulangers. Le projet se situe au croisement de trois chantiers de recherche qu’elle mène sur Montréal au 19e siècle : l’étude des acteurs, des pratiques et des espaces commerciaux du Vieux-Montréal, alors le centre bourgeois et quartier des affaires de la ville; l’étude des modalités d’approvisionnement en produits de base d’une métropole en forte croissance, ainsi que l’étude des mouvements migratoires, surtout ceux issus des campagnes québécoises, et des parcours familiaux, sociaux et professionnels qui font de ces migrants de nouveaux Montréalais.

Danielle Gauvreau et Hélène Vézina, avec le concours de Joanne Burgess et de Paul-André Linteau, étudient la dynamique migratoire qui relie Montréal à sa plaine environnante depuis les années 1830 et qui permet à la métropole de retrouver sa majorité francophone à partir de 1865. Mme Gauvreau et Mme Vézina pilotent aussi un projet portant sur les rythmes, les contours et les caractéristiques des mouvements migratoires en provenance des autres régions du Québec entre 1870 et 1940. Les deux projets reposent sur d’importantes analyses démographiques et s’appuient sur l’imposant fichier de population BALSAC, construit à partir des actes de l’état civil du Québec.

Rappelons que le Laboratoire participe au partenariat TSMF depuis 2019. Dirigé par Yves Frenette, professeur titulaire au Département des sciences humaines et sociales de l’Université de Saint-Boniface, ce partenariat vise à mettre en lumière la place centrale des migrations francophones dans la genèse et l’évolution des populations nord-américaines sur une période de trois siècles (1640-1940). Il a aussi pour objectif d’examiner l’impact des migrations sur l’expérience collective et individuelle des francophones en Amérique du Nord.

Le site internet Trois siècles de migrations francophones en Amérique du Nord (1640-1940) offre une superbe vitrine sur les travaux effectués au sein du partenariat. Le site met effectivement à la disposition du public les résultats du projet Déploiements canadiens-français en Amérique du Nord (1760-1914), ancêtre du partenariat TSMF, qui cherche à étudier dans une perspective continentale l’occupation de l’Amérique du Nord par les populations canadiennes-françaises. Les internautes peuvent aussi visualiser l’ensemble des pôles de recherche à travers une carte interactive ou encore prendre connaissance des différents projets terrains menés sur des aires géographiques éclectiques allant de la Louisiane à l’Europe. C’est d’ailleurs Thierry Simonet, membre étudiant du LHPM et doctorant en histoire à l’Université de Sherbrooke, qui agit en tant que webmestre pour le compte de TSMF. Il est à noter que le 8 février dernier, M. Simonet a donné une conférence ayant pour titre « Le Fonds des Voyageurs (1790-1830) », au cours de laquelle il a éclairci les intentions et les fonctionnalités de ce fonds de secours destiné aux engagés de la traite des fourrures de la Compagnie du Nord-Ouest et à leur famille en cas d’infortune.

Nul doute que ces projets éclaireront le rôle de Montréal en tant que plaque tournante migratoire sous un jour nouveau!