Le Laboratoire au colloque Le patrimoine industriel rechargé   

Du 28 août au 3 septembre 2022, l’UQAM accueillait le 18e congrès international du TICCIH (The International Committee for the Conservation of Industrial Heritage) ayant pour thème Le patrimoine industriel rechargé. Le Laboratoire d’histoire et de patrimoine de Montréal a participé à l’événement à travers les nombreuses présentations de ses membres.   

Ce rendez-vous scientifique d’importance a été l’occasion de mettre de l’avant les recherches du Laboratoire. Le 1er septembre, une séance a d’ailleurs été consacrée au projet « Notre pain quotidien : reconstituer l’histoire du pain depuis le 19e siècle ». Réunissant trois communications, celle-ci a permis aux présentateurs d’aborder les grandes étapes de l’évolution de la boulangerie, du petit atelier de fabrication artisanale à la production industrielle en usine, les mutations des savoir-faire et de la main-d’œuvre y étant mobilisés, ainsi que les représentations culturelles associées au pain et les traces à la fois matérielles et immatérielles de cette histoire. Les enjeux entourant la transmission de cette histoire ont également été évoqués au cours de la séance.

Dans un premier temps, Joanne Burgess, directrice du LHPM et professeure au Département d’histoire de l’UQAM, et Claudine Déom, cochercheuse au Laboratoire et professeure à l’école d’architecture de l’Université de Montréal, ont présenté la communication La boulangerie urbaine montréalaise au fil du temps: les aspects socioéconomiques et matériels. Les deux professeures ont ainsi brossé un tableau de certains moments forts de l’histoire de la boulangerie montréalaise afin de cerner les mutations de l’entreprise, des cadres de la production et de l’insertion de cette activité industrielle dans l’espace urbain. À travers un portrait en trois temps, elles ont également cerné la spécificité de la boulangerie comme patrimoine industriel. Ce portrait s’appuyait sur des matériaux variés, dont des sources sérielles inscrites dans la longue durée, et leur mise en relation. Il est aussi tributaire de recherches effectuées auparavant par des historiens géographes et des contraintes des ressources cartographiques disponibles. 

Geneviève Sicotte, professeure au Département d’études françaises de l’Université Concordia, a par la suite présenté la communication Nommer le pain. Dans le cadre de celle-ci, Mme Sicotte s’est penchée sur un patrimoine industriel immatériel bien particulier, soit celui des noms donnés au pain par les boulangeries. Parfois simplement descriptifs, mais aussi souvent évocateurs et même poétiques, les noms donnés aux pains révèlent le travail de l’imaginaire social autour de cet aliment essentiel. Elle a de ce fait mis de l’avant les représentations culturelles associées au pain, tel qu’elles se dégagent de la littérature, des manuels scolaires, de la presse et des périodiques. Longtemps le produit de base du régime alimentaire des populations rurales et urbaines, le pain en vient à symboliser la subsistance elle-même. Transformé en produit industriel, il devient signe de modernité et d’américanité. 

La séance s’est terminée par une présentation d’Éric Giroux, collaborateur au Laboratoire et directeur de l’Écomusée du fier monde, intitulée Tranches d’histoire : pain et boulangeries à Montréal – l’exposition comme outil de mise en valeur du patrimoine industriel. Il y a abordé les enjeux liés à l’actualisation du legs de cette industrie en exposant les stratégies de communication et de mise en valeur des résultats de la recherche. Il a été question, entre autres, d’une importante exposition consacrée à l’histoire du pain à Montréal, présentée à l’Écomusée du fier monde en 2021-2022.  

Le lundi 29 août, Martin Drouin, membre de la direction scientifique du LHPM et professeur au Département d’études urbaines et touristiques, a agi en tant que modérateur lors des séances Planning Instruments for Industrial Heritage Reuse and Regeneration through Citizen Engagement, qui se sont étalées sur toute la journée. Ces séances présentaient plusieurs études de cas entourant le débat sur le rôle des systèmes de planification et des pratiques de conservation en lien avec l’engagement citoyen ainsi que leurs défis.   

Le 30 août, Justin Bur, doctorant en études urbaines à l’UQAM et membre étudiant du LHPM, et Nathalie Charbonneau, chercheuse associée au Laboratoire, ont présenté la communication Commémoration virtuelle d’un patrimoine industriel perdu : la gare du Mile End. Ensemble, ils ont abordé le projet de maquette numérique en trois dimensions de la gare du Mile End développé par l’organisme Mémoire du Mile End. Ce projet, en s’appuyant sur des sources documentaires, représente l’évolution de la gare et de ses environs de 1877 jusqu’au présent par le biais d’un modèle 4D. Ce dernier permet de visualiser le lieu de tous les points de vue, et ce, à n’importe quel moment de son histoire. Soulignons que le Laboratoire a bénéficié de l’expertise de Mme Charbonneau dans le cadre d’un projet similaire, appelé « Gares patrimoniales: analyse et modélisation ». Celui-ci a permis de modéliser les gares Dalhousie, Viger, Berri, Windsor et la gare de la Montreal-Southern-Counties-Railway-Co, construites à Montréal aux 19e et 20e siècles.

Toujours le 30 août, Alain Gelly, cochercheur au LHPM et historien à l’Agence Parcs Canada, était l’invité d’honneur de la séance Survol du patrimoine industriel au Canada. Ce moment d’échanges, en prenant pour exemple des lieux historiques nationaux, a proposé tant un survol de l’industrialisation au Canada que de sa patrimonialisation. Il a aussi mis de l’avant quelques-uns des fleurons du patrimoine industriel canadien, tout en signalant au passage la perte ou l’altération de certains d’entre eux.   

Enfin, René Binette, membre du bureau de direction du Laboratoire et conseiller aux projets stratégiques à l’Écomusée du fier monde, présentait le 31 août la Visite lève-tôt: L’Écomusée du fier monde, musée d’histoire et musée citoyen. Cette visite de l’exposition permanente À cœur de jour, grandeurs et misères d’un quartier populaire, qui retrace l’histoire d’un des plus anciens quartiers industriels et ouvriers de Montréal, a permis aux participants de plonger dans le patrimoine du quartier Centre-Sud.   

Nul doute que ces échanges ont permis d’éclairer sous un angle nouveau le patrimoine industriel en général et montréalais en particulier!