Portrait de nouveaux collaborateurs au LHPM : une entrevue avec François Racine

Pour souligner le 20e anniversaire du LHPM, le Laboratoire d’histoire et de patrimoine de Montréal présente une série d’articles mettant en lumière les membres qui composent son équipe et qui participent à la vitalité de ses activités. Cette semaine, le Laboratoire s’est entretenu avec François Racine, professeur au Département d’études urbaines et touristiques de l’UQAM et cochercheur au LHPM depuis 2025.

Pouvez-vous nous résumer votre parcours académique et professionnel?

Mon parcours académique s’est construit autour d’un attachement profond au paysage bâti et à la ville, nourri par les nombreux voyages familiaux effectués principalement en Europe dans mon enfance. Cette sensibilité précoce à l’architecture et à la forme urbaine a orienté mes choix d’études : d’abord une formation en architecture à l’Université de Montréal, puis un deuxième cycle à Paris, et enfin une spécialisation en morphologie urbaine à l’Université de Montréal. L’ensemble de ce parcours répond à une même ambition : comprendre, à différentes échelles, les logiques qui façonnent la richesse du paysage construit.

Sur le plan professionnel, j’ai eu l’opportunité de cofonder, avec une associée, une agence de consultation en architecture, urbanisme et design urbain. Cette expérience s’est révélée particulièrement féconde : elle m’a permis de mettre en pratique, mais aussi d’enrichir, les notions et méthodes explorées au cours de mes études supérieures, en les mobilisant dans des projets de recherche, de conception et d’accompagnement stratégique. Parallèlement, j’ai enseigné à la Faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal, ce qui a renforcé le dialogue constant entre pratique professionnelle et réflexion académique qui caractérise mon parcours.

Enfin, mon parcours s’est vu couronné par l’ouverture d’une carrière universitaire lorsque j’ai été recruté comme professeur de design urbain et d’urbanisme au Département d’études urbaines et touristiques de l’UQAM en 2014. Ce nouveau poste m’a offert l’occasion de consacrer pleinement mon énergie à l’enseignement et d’approfondir mon travail de recherche, en consolidant une trajectoire académique où l’analyse du cadre bâti, la pratique professionnelle et la réflexion théorique se nourrissent mutuellement.

Quelle réalisation vous rend le plus fier?

Je ne saurais passer sous silence la réalisation dont je suis particulièrement fier : l’élaboration, en collaboration avec deux collègues chercheurs et avec la participation active de l’ensemble de la communauté québécoise en morphologie urbaine, de l’ouvrage Lire et comprendre les environnements bâtis au Québec. Devenu une référence majeure dans la francophonie, ce livre 
a été élaboré à partir d’un premier guide pédagogique publié en 1999 pour aider les étudiant.e.s à analyser et à comprendre le processus de formation et de transformation des formes et des espaces urbains. Ce guide, utilisé dans le cadre de mes enseignements à l’Université de Montréal, a été fondé sur le cadre théorique et méthodologique développé dans ma thèse de doctorat

Cette assise conceptuelle et méthodologique a nourri l’ensemble des mandats réalisés au sein de mon agence, tout en s’enrichissant progressivement grâce aux nombreuses études morphologiques et patrimoniales menées au fil des ans. Il aura fallu près d’un quart de siècle — et la possibilité offerte par une année sabbatique, dans le cadre d’une entente avec les Presses de l’Université du Québec — pour transformer cet héritage cumulatif en un véritable édifice intellectuel et pratique, construit patiemment à travers plus de vingt années de recherche, de terrain et de réflexion critique.

Sur quels projets en lien avec le Laboratoire travaillez-vous actuellement?

Étant nouvellement associé au Laboratoire, je suis encore en processus d’exploration des possibilités de collaboration entre mes projets de recherche en design urbain et ceux du LHPM. J’aimerais notamment mettre en place une collaboration entre la Division de la planification des secteurs stratégiques de la Ville de Montréal et le LHPM de l’UQAM. Cette collaboration pourrait porter sur l’évolution des pratiques et des projets de design urbain à Montréal.

Un tel projet s’inscrirait naturellement dans l’axe Représenter et aménager l’espace urbain, notamment en ce qu’il permettrait d’analyser, dans une perspective diachronique, les représentations de l’espace urbain et les transformations du territoire à différentes périodes de l’histoire montréalaise. Déjà, trois étudiant·e·s à la maîtrise en études urbaines ont entrepris des recherches portant sur les pratiques de design urbain à Montréal, en lien avec la notion de forme urbaine durable — un enjeu apparu au tournant du XXIᵉ siècle et qui, depuis, exerce une influence déterminante sur l’évolution des approches et outils de l’aménagement urbain à Montréal et à l’échelle de son territoire.

À quel moment avez-vous entendu parler pour la première fois du Laboratoire d’histoire et de patrimoine de Montréal?

C’est mon collègue Martin Drouin, que j’apprécie particulièrement au sein du Département d’études urbaines et touristiques — un milieu qui réunit une diversité d’expertises allant des sciences humaines à l’architecture et à l’urbanisme — et qui dirige actuellement le LHPM, qui m’a fait connaître le Laboratoire. J’avais déjà eu l’occasion de rencontrer certains de ses membres par le passé, notamment Claudine Déom à l’Université de Montréal, ainsi que Dany Fougères dans le cadre de nos échanges avec le défunt Centre de recherche sur la ville (CRV).

Le champ de la morphologie urbaine partage, me semble-t-il, de nombreux points de convergence avec l’histoire urbaine. La démarche diachronique qui caractérise nos analyses, tout comme l’attention portée à la ville en tant qu’artefact construit, favorise un dialogue naturel entre historiens et morphologues urbains, tant sur les plans théorique et conceptuel que méthodologique. C’est pourquoi je suis très heureux de mon implication au sein du Laboratoire.

Dans quel contexte vous êtes-vous joint au LHPM?

C’est en grande partie grâce à Martin Drouin que je me suis engagé au sein du LHPM, lors de la demande de renouvellement du financement du Laboratoire et à l’occasion de sa nomination à la direction en 2025. Je lui suis particulièrement reconnaissant pour ce geste qui m’a permis de m’impliquer de nouveau au sein d’une équipe qui me tient à cœur.

Quels avantages voyez-vous au fait de vous être joint au LHPM?

Il s’agit d’une structure à la fois légère et dynamique, qui a su développer une expertise pointue en recherche et établir de nombreux partenariats avec des acteurs clés de l’histoire et de la muséologie à Montréal. Au fil des années, le Laboratoire a également acquis une notoriété et une reconnaissance qui dépassent largement les murs de l’UQAM, consolidant sa place comme référence dans son domaine. Mon profil offre une expertise nouvelle au Laboratoire et ouvre la voie à de nouvelles collaborations avec ses membres pour développer des projets emballants.