Portrait de nouveaux collaborateurs au LHPM : une entrevue avec Christian Gates St-Pierre

Pour souligner son 20e anniversaire, le Laboratoire d’histoire et de patrimoine de Montréal présente une série d’articles mettant en lumière les membres qui composent son équipe et qui participent à la vitalité de ses activités. Cette semaine, le Laboratoire s’est entretenu avec Christian Gates St-Pierre, professeur agrégé au département d’anthropologie à l’Université de Montréal.

Pouvez-vous nous résumer en quelques lignes/phrases votre parcours académique et professionnel?

J’ai d’abord fait des études en anthropologie à l’Université de Montréal, où j’ai obtenu mon doctorat en 2003. J’ai ensuite été postdoctorant à l’Université de l’Illinois à Chicago, en 2004-2005. À mon retour au pays, j’ai travaillé pendant douze ans comme chargé de projet pour une firme d’archéologie préventive, tout en réalisant des mandats à titre de consultant. Ça m’a permis d’établir un réseau très étendu rejoignant différents milieux, bien au-delà du seul domaine académique : municipalités, ministères, agences gouvernementales, musées, compagnies privées, OBNL, etc. Après un second postdoctorat à l’Université Laval, j’ai commencé à y travailler comme chargé de cours, tout en conservant mes autres fonctions et mandats. C’était une période très intense où je faisais un peu de tout, mais souvent dans une situation précaire.

Avec persévérance, c’est finalement en 2016 que j’ai été engagé comme professeur au département d’anthropologie de l’Université de Montréal et que j’ai commencé à travailler dans une plus grande stabilité. Mon rêve, mon plan A, était enfin atteint! Mes capacités de recherche s’en sont alors trouvées décuplées et mes collaborations se sont davantage internationalisées. Mais j’ai toujours continué à m’impliquer dans différents milieux et organismes, par exemple au sein du Conseil du patrimoine de Montréal (CPM), dont je suis maintenant vice-président, ou encore en présentant régulièrement des conférences publiques afin de partager les savoirs en matière d’archéologie, d’histoire et de patrimoine. J’aime beaucoup ce contact avec le grand public; les gens ont une soif d’apprendre qui m’enthousiasme à chaque fois.

Quel projet de recherche ou réalisation vous rend le plus fier?

J’ai parlé de la diffusion auprès du grand public. Une des publications dont je suis le plus fier est justement le livre de vulgarisation Feu: lueurs et fureurs, que j’ai coécrit avec mon collègue Yves Monette, en collaboration avec la formidable équipe du Musée Pointe-à-Callière. J’y ai consacré beaucoup de temps, des années même! J’ai pesé chaque mot, chaque virgule, mais le jeu en a valu la chandelle, puisque ce livre sera sans doute plus lu que la plupart de mes articles scientifiques.

L’École de fouilles que je dirige annuellement, depuis 2018, me procure également beaucoup de satisfaction. C’est toujours agréable de retourner travailler sur le terrain chaque été, et de le faire avec les étudiants; j’aime beaucoup le travail d’équipe. De plus, nos écoles de fouilles se faisaient autrefois sans la participation des communautés autochtones concernées. J’ai voulu changer cette façon de faire, d’abord en demandant à un de mes étudiants wendat de l’époque, Pier-Louis Dagenais-Savard, de réaliser un documentaire sur l’école de fouilles que je menais à ce moment sur un village iroquoien en Montérégie, à partir de sa perspective autochtone. J’adore le résultat, un film intimiste intitulé Trous de mémoire, que j’ai aidé à concevoir et à produire. Il a remporté plusieurs prix et je ne me lasse jamais de le revoir; il reste toujours d’actualité, sans parler de ses qualités esthétiques.

Notre école de fouilles se déroule maintenant en Outaouais et se fait en étroite collaboration avec les deux communautés Anishinabeg de la région et diverses institutions locales. Je ne m’imaginerais plus mener une école de fouille, ou du reste tout autre projet de recherche archéologique sur le passé autochtone, sans collaboration avec les communautés concernées. J’ai effectué ce tournant dont je suis assez fier, même si je n’ai pas grand mérite, puisque c’était dans l’air du temps, je n’ai rien inventé.

Sur quels projets en lien avec le Laboratoire travaillez-vous actuellement?

Ce tournant vers la décolonisation de la recherche archéologique m’a amené à développer d’autres projets collaboratifs par la suite. L’un d’eux est le Projet Tiohtià:ke (« Montréal » en langue kanien’kéha/mohawk), qui visait à documenter la présence autochtone sur l’île de Montréal, à travers le regard croisé de la tradition orale autochtone, de l’archéologie et de l’ethnohistoire. C’est une approche plus inclusive qui permet de coconstruire de nouveaux narratifs plus respectueux des savoirs et des perspectives autochtones. Ce projet a par la suite connu une expansion d’envergure pour devenir le Projet Onkwehón:we (qui signifie «peuples originels» dans les langues iroquoiennes), que je codirige maintenant avec mon collègue de Kahnawà:ke, Taiaiake Alfred. Imaginez: plus de 75 chercheurs autochtones et allochtones de disciplines variées (études autochtones, archéologie, archivistique, histoire, bioanthropologie, linguistique et muséologie) et plus de quarante institutions d’Amérique du Nord et d’Europe (universités, musées, organismes autochtones, centres d’archives, firmes privées, OBNL, organismes gouvernementaux) se sont unis dans ce vaste partenariat de recherche afin de revisiter l’histoire, les langues, les identités, les territoires et les interactions sociales en Iroquoianie ancestrale, incluant le territoire actuel de Montréal. C’est du jamais vu. Je suis très fier du réseau international, interdisciplinaire et décolonial que j’ai bâti, bien sûr, avec l’appui de très nombreux collègues: encore un travail d’équipe, on n’en sort pas!

Je m’intéresse aussi aux formules de reconnaissances territoriales autochtones à Montréal, à la présence autochtone dans les musées montréalais et aux processus de restitutions des collections archéologiques autochtones. J’ai des petits projets en cours ou à venir là-dessus, et je crois qu’ils permettront de compléter les activités actuelles du LHPM en développant davantage la recherche et la diffusion des connaissances sur l’histoire et le patrimoine autochtone de Montréal.

Dans quel contexte vous êtes-vous joint au LHPM?

J’entendais parfois parler des activités du LHPM par le biais de certains membres que je connaissais: Dany Fougères, Louise Pothier, Paul-André Linteau, Mario Robert et d’autres. Pour être honnête, je me disais qu’un jour, ce serait chouette d’en faire partie! C’est par l’intermédiaire de son directeur actuel, Martin Drouin, que j’ai reçu l’invitation à m’y joindre, au moment du renouvellement de son financement en 2024. Martin et moi nous sommes connus via notre participation commune au Conseil du patrimoine de Montréal. Le pouvoir du réseautage!

Quels avantages voyez-vous au fait de vous être joint au LHPM?

J’ai toujours trouvé extrêmement stimulant de travailler au sein de laboratoires et de groupes de chercheurs et chercheures œuvrant dans des domaines différents du mien. C’est vrai avec le LHPM, où je suis l’un des rares archéologues. On y retrouve des contextes d’échanges extrêmement stimulants, et c’est vrai aussi pour nos étudiants. C’est également ainsi que les réseaux se tissent et s’étendent. Je suis convaincu que j’apprendrai beaucoup de choses avec le LHPM, et j’espère que ce sera réciproque. En tant que nouveau membre, je dois encore y trouver ma place et identifier les collaborations possibles; j’espère trouver le temps nécessaire. Mais je suis confiant!