Portrait d’anciens membres du LHPM : une entrevue avec Annick Desmarais

Pour souligner son 20e anniversaire, le Laboratoire d’histoire et de patrimoine de Montréal présente une série d’articles mettant en lumière le parcours de certains membres qui composent son équipe et participent à la vitalité de ses activités. Cette semaine, le Laboratoire s’est entretenu avec Annick Desmarais, membre diplômée du LHPM, autrice et historienne.

Pouvez-vous nous résumer en quelques lignes/phrases votre parcours académique et professionnel ?

Depuis l’enfance, j’aime écrire. Au fil du temps, ma passion s’est tournée vers la fiction historique. Afin d’effectuer des recherches rigoureuses, j’ai, en 2018, décidé de retourner aux études, 30 ans après l’obtention d’un baccalauréat en psychologie. Mon intention était alors de simplement suivre quelques cours d’histoire. Cependant, un monde fascinant s’est ouvert à moi et, étant avide d’apprendre, il devenait clair que mon parcours allait être plus long et plus transformateur qu’anticipé. Ainsi, j’ai complété une maîtrise en 2024 sous la direction de Magda Fahrni ayant pour titre « Les représentations de la figure de la belle-mère dans un Québec franco-catholique (1856-1959) ».

Quel projet de recherche/exposition/réalisation vous rend le plus fière ? Pourquoi ?

Dans l’année suivant mon arrivée à l’UQAM, Magda Fahrni, qui connaissait mon intérêt pour la fiction, m’a offert un contrat de recherche avec la romancière Deryn Collier. Elle pressentait que j’étais en mesure de bien saisir le type de détails historiques dont Deryn avait besoin pour l’écriture de son livre A Real Somebody. C’était stimulant, les questions de Deryn étaient variées et colorées. Ce contrat me poussait à réfléchir en dehors de mon champ de connaissance, et à faire preuve d’imagination pour consulter diverses sources historiques. Par exemple, je devais décrire la décoration au-dessus d’un ascenseur d’un célèbre édifice en 1947, situer sur des cartes d’époque les endroits exacts d’anciens bars jazz, tout en découvrant les cocktails qu’on y servait, ou encore s’il était possible pour une bonne jeune fille catholique anglophone de se procurer une méthode contraceptive dans les années 1940 à Montréal.

Dans quel contexte vous êtes-vous jointe au LHPM ?

En 2019, j’ai suivi un cours d’été sur l’histoire de l’alimentation avec Joanne Burgess. Non seulement j’ai adoré le travail de session qui me plongeait directement dans les archives, mais à la fin de ce cours, Mme Burgess m’a offert un contrat de recherche au Laboratoire d’histoire et de patrimoine de Montréal. Je me réjouissais d’être rémunérée en continuant de m’instruire auprès de cette historienne au parcours fascinant. Mon premier mandat visait à dégager un portrait de la situation des boulangers et des boulangeries à Montréal au XIXe siècle. Ce fut un tournant majeur dans mon apprentissage. Je chéris les moments où Joanne Burgess s’installait à mes côtés dans la salle de recherche et, par son regard aguerri, m’aidait à décortiquer la signification de certains mots manuscrits de sources notariales. Et puis, ses réflexions et ses questions m’apprenaient le métier sur le terrain. J’ai appris à développer une structure de recherche en créant des tableaux, à interroger les résultats et à en faire le point régulièrement. Et c’était le début d’une longue série de contrats avec le Labo.

Est-ce qu’un projet du Laboratoire vous a particulièrement marquée ?

Bien qu’ils m’aient tous marquée, deux projets me sont particulièrement chers. Tout d’abord, la création et l’animation des balados Dans les coulisses de l’histoire. L’idée est née au cœur de la pandémie de Covid-19. Le contexte se prêtait bien pour trouver de nouvelles façons de promouvoir le LHPM tout en travaillant à distance. Joanne Burgess, Véronika Brandl-Mouton et Jean-Philippe Carlos – respectivement directrice, responsable des communications et coordonnateur du Laboratoire – pensent alors à des balados pour mettre en valeur les recherches des membres-étudiant.es et me choisissent pour concrétiser le projet. L’animation impliquait de lire les mémoires ou thèses des personnes choisies et de créer la structure des entrevues jusqu’à l’enregistrement de l’émission. En tout, j’ai réalisé 11 balados. Trois premiers en 2021, où tout devait se faire en ligne, et puis huit autres, en 2023 et 2024, en studio, où j’ai appris aussi à faire le montage. Pour cette dernière série, je travaillais de près avec Marie Pigelet, devenue entretemps la nouvelle coordonnatrice du Laboratoire. Ce fut un véritable privilège et plaisir de découvrir les travaux des étudiant.es et de les entendre en parler au micro. Je remercie Amélie Roy-Bergeron, Amélie Grenier, Dominic Dagenais, Claudèle Richard, Mélissa Benjamin, Sonia Blouin, Jérémie Lévesque-St-Louis, Anne-Marie Wauthy, Samuel Heine, José Désorcy et Francis Lapointe, qui se sont prêtés à l’expérience et ont partagé, avec leur couleur unique, leur passion pour l’histoire. Tous les balados sont disponibles sur Apple, Spotify et Choq.ca.

Le second projet est lié à l’association d’entraide pour les femmes Le Chaînon. En 2021, Joanne Burgess me réfère pour en écrire deux ou trois articles pour l’encyclopédie en ligne Mémoires des Montréalais. J’avais accès à la voûte d’archives de l’organisme contenant articles de journaux, lettres, extraits biographiques, photos ainsi qu’aux récits vivants des associées encore présentes, certaines s’étant engagées au Chaînon il y a plus de 70 ans. Avoir accès à des sources uniques tout en pouvant réaliser de l’histoire orale, c’est un véritable trésor pour une historienne ! Vu cette richesse, les quelques articles se sont multipliés pour donner neuf articles thématiques ! J’ai même poursuivi l’aventure et composé l’entièreté des textes des panneaux et des légendes des photos de l’exposition Célébrer Le Chaînon : 90 ans de dévouement pour les femmes qui a eu lieu au MEM en 2023. Pour ces deux projets, j’ai passé de nombreuses heures auprès d’une équipe dévouée et créative, je pense, particulièrement à Josée Lefebvre, responsable des projets citoyens et communautaires au MEM, à Sylvie Bourbonnière, directrice générale de la Fondation Le Chaînon, à Stéphanie Dumouchel, responsable de l’exposition, et au professeur Martin Petitclerc, qui m’aidait à peaufiner certaines réflexions historiques. Par la suite, cette expertise acquise grâce au LHPM m’a permis de participer à la portion historique du livre À table pour elles ! : histoires et recettes réconfortantes des femmes du Chaînon publié en 2024 chez Québec Amérique.

Sur quel(s) projet(s) travaillez-vous actuellement?

Depuis 2024, je travaille comme coordinatrice pour l’OBNL Les Mots s’animent, qui propose divers ateliers interactifs pour stimuler l’imagination des élèves et leur intérêt pour la lecture.

Et grâce aux fabuleuses expériences acquises lors de mon parcours universitaire et au LHPM, j’œuvre en ce moment à mes propres projets d’écriture. Je ne peux en dire plus pour le moment…