Avec l’année 2025 qui tire à sa fin, le Laboratoire d’histoire et de patrimoine de Montréal vous propose de revenir sur les publications marquantes de ses membres et partenaires, parues dans la dernière année. Dans cette première rétrospective, c’est Montréal qui est à l’honneur! Voyez comment la métropole a été scrutée, étudiée, analysée par nos chercheurs, de son souterrain au sommet de la célèbre enseigne « Farine Five Roses ».
L’histoire de la métropole, loin de débuter par la fondation de Ville-Marie en 1642, plonge ses racines dans la longue durée, avec l’occupation autochtone antérieure à l’arrivée des premiers colons. Cette occupation du territoire par les Premiers peuples, de plus en plus reconnue par les institutions montréalaises, demeure un sujet complexe et polarisant que Christian Gates St-Pierre, cochercheur au LHPM, a décortiqué en compagnie de Louis Lesage, dans Questions interdisciplinaires en études autochtones: Traditions, représentations, relations (dirigé par É. Chalifoux, M. Chaplier et D. Farget). Au travers de leur article intitulé « Les reconnaissances territoriales autochtones à Montréal: qu’en est-il? », les chercheurs offrent aux lecteurs une compréhension critique et nuancée de ces enjeux.
En 1989, l’exhumation d’une première fosse funéraire sur le lieu de fondation de Montréal – le fort Ville-Marie – a permis de découvrir les modes funéraires des premiers colons et des premiers autochtones christianisés. Dans « Cohabiter dans l’au-delà : le cimetière franco-autochtone du fort de Ville-Marie à Montréal (1643-1654) », Louise Pothier, cochercheuse au LHPM, propose d’examiner ces résultats sous un nouvel angle pour analyser les effets des contacts culturels entre les missionnaires jésuites et les autochtones, particulièrement les Anishinabeg et les Wendat. Dans son texte, elle met notamment en lumière les stratégies adaptatives mises en œuvre par les missionnaires face aux coutumes de ceux qu’ils cherchaient à convertir.
En tant que carrefour commercial, militaire et culturel, Montréal s’est retrouvée au cœur des bouleversements géopolitiques du XVIIIe siècle. Dans « Portraits d’une ville en évolution, Montréal de 1701 à 1760 », Léon Robichaud, codirecteur du LHPM, propose une relecture de l’histoire de la métropole entre les deux moments charnières que sont la signature de la Grande paix de Montréal (1701) et la capitulation de la ville devant les troupes anglaises (1760). Durant ces soixante années, et en dépit des conflits armés, la cité a bénéficié d’une croissance démographique, de l’expansion du commerce des fourrures et du développement de son arrière-pays, autant de facteurs qui consolident progressivement sa position comme pôle commercial et industriel, préfigurant l’essor qu’elle connaîtra au siècle suivant.
Dans les années 1800, Montréal poursuit ainsi sa croissance démographique et son industrialisation. Symptomatique de cette transformation, la construction du canal de Lachine, inauguré en 1825, permet enfin de relier la ville à l’intérieur du continent. Dans « The Lives of the Lachine Canal », publié dans la revue Canada’s History, Joanne Burgess, codirectrice du LHPM, revient sur les 200 années d’existence de cet ouvrage, qui fut tour à tour une route commerciale, une zone densément industrialisée, avant de devenir, dans la deuxième moitié du XXe siècle, un important lieu de tourisme et de loisir pour les Montréalais.
Au travers de cette industrialisation massive de la métropole, un secteur est demeuré largement tributaire des pratiques traditionnelles : celui de la fabrication du pain, qui n’amorça une transformation profonde qu’au tournant du XXe siècle. Dans « La boulangerie urbaine montréalaise au fil du temps : aspects socio-économiques et matériels » (actes du colloque Industrial Heritage Reloaded/Le patrimoine industriel rechargé), Joanne Burgess et Claudine Déom, cochercheuse au LHPM, se penchent sur l’histoire de la boulangerie montréalaise entre 1890 et 1946, période durant laquelle les lieux de production connaissent des transformations majeures. Elles proposent également une réflexion sur le legs patrimonial de cette industrie, où les petites et moyennes boulangeries ont laissé peu de traces tangibles dans le paysage urbain, au profit du caractère monumental des silos et des minoteries.
La préservation et la valorisation du patrimoine bâti montréalais demeurent des enjeux au cœur des réflexions des membres du Laboratoire, et des actions entreprises par certains musées de la métropole. C’est dans cette optique, et afin de mettre en valeur un patrimoine plus vaste que celui des objets qu’il conserve, que l’Écomusée du fier monde a initié en 2011 une collection « écomuséale », constituée d’éléments patrimoniaux du quartier Centre-Sud, où se situe le musée. Sandrine Héroux, chargée de projets aux expositions à l’Écomusée du fier monde, retrace l’histoire de cette collection et des éléments qui la composent dans un article paru dans la revue La Lucarne.
Loin d’être uniquement une affaire du passé, le patrimoine urbain s’inscrit résolument dans les enjeux actuels qui affectent les villes, et peut même être mobilisé comme levier afin de répondre à ces nouveaux défis. C’est la réflexion qu’ont récemment proposée le Conseil de patrimoine de Montréal et son président, Denis Boucher (également collaborateur du LHPM), lors d’un colloque intitulé « Le patrimoine comme levier de la transition écologique ». Cette rencontre a permis d’esquisser des recommandations en matière de conservation du patrimoine, de conception durable du bâti ancien et d’impact écologique de la requalification et de l’entretien des immeubles patrimoniaux.
Ces nombreux titres ne sont qu’un aperçu de la vitalité de la recherche menée par les cochercheurs, les collaborateurs, et les membres étudiants du Laboratoire. Découvrez la suite lors du retour des fêtes, à la mi-janvier!






