Le 27 février dernier, la Fondation Pointe-à-Callière annonçait la création, en collaboration avec l’Institut d’histoire de l’Amérique française, du prix Paul-André Linteau, destiné à promouvoir la reconnaissance, la diffusion et la valorisation de la recherche sur Montréal. Une nouvelle qui a rapidement circulé, jusque dans les pages du journal Le Devoir. Le prix, qui reconnaitra chaque année l’excellence d’écrits portant sur l’histoire de Montréal, comporte deux volets : le volet livre, doté d’une bourse de 3 000$, et le volet article, doté d’une bourse de 1 000$.
Nous avons récemment discuté avec Paul-André Linteau, professeur émérite et codirecteur du LHPM, concernant la création de ce prix. Comme à l’habitude, monsieur Linteau a répondu à nos questions avec éloquence et générosité. Voici donc quelques extraits de cette discussion.
LHPM : Ce prix voit le jour en collaboration avec deux précieux partenaires. Parlez-nous d’abord de votre relation avec le musée Pointe-à-Callière, de ce qu’il représente pour vous.
P.-A. L. : Je faisais partie du comité d’historiens et de spécialistes du patrimoine qui conseillait la direction du musée dès sa conception initiale. Nous validions les propositions des firmes de design ainsi que le contenu d’un élément majeur du musée, qui était le spectacle multimédia, qui se voulait une introduction à l’histoire de Montréal. J’ai eu l’occasion, par la suite, de participer aux différents renouvellements de l’exposition permanente et de faire partie, jusqu’à maintenant, des comités scientifiques. Au fil des ans, on m’a aussi invité à participer aux comités scientifiques d’expositions temporaires qui étaient en lien avec Montréal.
À Pointe-à-Callière, le comité scientifique joue un rôle important à toutes les étapes; dès le début dans la définition des objectifs, mais aussi en cours de route, pour valider les scénarios et les textes de l’exposition. Les historiens sont toujours présents, à chacune des étapes, et ça, c’est remarquable. Tout ceci m’a amené à participer à de nombreuses expositions à Pointe-à-Callière et aussi à être invité par d’autres musées qui faisaient des expositions sur l’histoire de Montréal. J’ai ainsi développé une sensibilité à l’idée de diffuser l’histoire de Montréal, autrement que par des thèses ou des ouvrages savants, notamment par des expositions. Ma collaboration avec Pointe-à-Callière m’a sensibilisé à cette dimension de la diffusion de l’histoire de Montréal.
LHPM : Pourquoi cette institution apparait-elle comme un partenaire de choix pour la pérennité du prix et pourquoi avoir créé le Fonds pour l’histoire de Montréal au sein de la Fondation Pointe-à-Callière ?
P.-A. L. : C’est une initiative que j’avais eue d’abord auprès de la Fondation de l’UQAM, en créant la bourse Paul-André-Linteau en histoire du Québec, une bourse de doctorat. La stratégie était de constituer un fonds capitalisé, où l’argent que l’on dégage des revenus de rendement du fonds permet à son tour de financer la bourse. Cette bourse, créée il y a une vingtaine d’années, a maintenant un fonds suffisant pour soutenir une bourse de doctorat de 8000$ par année, dépendant des rendements, ce que je considère être une action significative.
J’avais maintenant envie de faire quelque chose d’un peu plus vaste, pour pérenniser une intervention liée à la diffusion et à la reconnaissance de la recherche sur Montréal et aider à sa diffusion. Idéalement, j’aurais aimé créer une fondation pour l’histoire de Montréal, mais cela implique une structure et une administration plus complexe, alors la solution intermédiaire était de créer un fonds dédié à l’intérieur d’une fondation existante, qui a déjà toutes les structures. Il m’est apparu que la fondation Pointe-à-Callière pourrait être le bon endroit pour cette démarche.
En étant logé à cette fondation, je suis en contact avec des gens qui sont déjà sensibilisés à l’histoire de Montréal et qui contribuent à la faire connaitre. Ce fonds capitalisé reçoit également l’apport financier d’autres contributeurs et va permettre de financer d’autres initiatives. La première à laquelle j’ai pensé, c’est le prix que je viens de créer, mais il en y aurait d’autres éventuellement. L’objectif n’est pas de financer la recherche, mais d’aller vers des aspects moins financés, entre autres la reconnaissance de la recherche, mais aussi l’aide à la mise en valeur et à la diffusion de la recherche. Voici les missions de ce fonds que j’ai créé.
LHPM : Le deuxième partenaire du prix Paul-André Linteau est l’Institut d’histoire de l’Amérique française (IHAF). Qu’est-ce qui vous a orienté vers ce partenaire ?
P.-A. L. : C’était d’abord une raison pratique. Si la Fondation avait décidé de gérer elle-même le prix, elle aurait eu alors à mettre sur pied sur pied un jury et structurer toute l’organisation. Or, l’IHAF décerne déjà des prix annuels et a déjà des jurys. L’idée était donc de profiter de cette structure-là pour gérer l’évaluation des manuscrits et l’attribution des prix. Après discussion et négociation entre la fondation Pointe-à-Callière et l’IHAF, on est arrivé à une attente assez facilement, d’autant plus que l’Institut était intéressé à bonifier son offre de prix.
Je suis aussi membre de l’IHAF, comme la plupart des historiens qui travaillent sur le Québec, et j’ai joué un rôle actif, il y a longtemps, dans l’organisation. Je connais donc bien l’organisation et le régime des jurys, des prix, etc., ce qui en faisait un partenaire naturel. Je connais beaucoup des dirigeants, qui sont des universitaires et des historiens professionnels au Québec. C’est la principale organisation d’historiens professionnels au Québec.
LHPM : Comment le nouveau prix Paul-André Linteau se distingue d’autres prix qui valorisent les écrits sur l’histoire de Montréal, notamment le prix Percy-Foy de la Société historique de Montréal?
P.-A. L. : La grande différence est que le prix Percy-Foy est limité aux membres de la Société historique de Montréal, ce qui représente un bassin plus restreint d’œuvres potentiels, tandis que le prix que je viens de créer est ouvert à l’ensemble de la production historique et scientifique qui touche à l’histoire de Montréal.
La création de ce prix, en collaboration avec la fondation Pointe-à-Callière et l’IHAF, est un autre geste important de l’historien afin de pérenniser la diffusion et la reconnaissance de la recherche sur Montréal. Le prix est d’autant plus un rappel de la contribution remarquable de Paul-André Linteau à l’histoire de Montréal et à sa diffusion, une contribution qui marque l’ensemble de sa carrière. Le premier prix Paul-André Linteau sera remis en octobre 2025 lors du congrès de l’IHAF. Pour les critères et les règles d’admissibilité, vous pouvez consulter le site de l’Institut d’histoire de l’Amérique française.


