L’avenue du Parc, témoin d’une ville en mutation : retour sur la discussion entre Yves Desjardins et Paul-André Linteau

Le 24 avril dernier, l’historien Yves Desjardins – membre de l’organisme partenaire du LHPM, Mémoire du Mile End – s’est adressé à un public captivé lors de la troisième conférence-midi de 2025. Ce rendez-vous était l’occasion de présenter son plus récent ouvrage, L’avenue du Parc et son histoire, témoin privilégié de la diversité montréalaise, dans le cadre d’un échange animé par Paul-André Linteau, professeur émérite et membre de la direction du LHPM. Cette discussion entre deux spécialistes de l’histoire montréalaise a permis de revisiter, avec nuance et profondeur, cette artère emblématique de la ville.

D’entrée de jeu, les deux intervenants ont proposé une lecture segmentée de l’avenue du Parc en quatre grandes sections, reflétant l’évolution historique et les usages différenciés de la voie. Le premier tronçon, entre la rue Sherbrooke et l’avenue des Pins (jadis connue sous le nom de Upper Bleury Street), était à l’origine bordé de villas bourgeoises, témoins d’un projet élitiste visant à en faire une « scenic road » pour les classes aisées.

Le deuxième segment, compris entre l’avenue des Pins et l’avenue du Mont-Royal, marque la transition entre les ambitions initiales et les dynamiques d’expansion urbaine. Yves Desjardins a d’ailleurs rappelé que l’aménagement du parc du Mont-Royal a été un catalyseur majeur dans les débats sur le prolongement de l’avenue vers le nord. La troisième section, jusqu’à l’avenue Fairmount, reflète quant à elle un projet de développement inspiré du quartier torontois The Annex, que des promoteurs montréalais souhaitaient imiter sous le nom de Montreal Annex. Cette tentative s’est cependant heurtée au modèle initial d’une avenue de prestige. Ce n’est qu’après l’annexion de Ville Saint-Louis par Montréal, en 1910, que l’avenue change de vocation, passant d’un espace résidentiel privilégié à un axe de transit urbain bordé de commerces et de logements plus abordables.

Enfin, le dernier segment, qui s’étend de la rue Van Horne jusqu’à la gare Jean-Talon, connaît un essor rapide entre 1905 et 1913, donnant naissance au quartier Parc-Extension. À son extrémité nord, l’avenue se termine à la gare Jean-Talon, inaugurée en 1930.

Pour Desjardins, le développement de l’avenue du Parc dans son ensemble, incarne un véritable « nid à chicane », tant les usages et les intérêts des communautés avoisinantes y ont généré des tensions. Il souligne néanmoins que l’avenue possède une « âme très forte », à l’image de la diversité identitaire qui caractérise Montréal.

Si vous avez manqué la conférence, il vous sera bientôt possible de la revoir sur notre chaîne YouTube. Par ailleurs, Yves Desjardins récidive le 24 mai prochain, avec une conférence intitulée « L’avenue du Parc et son histoire : témoin privilégié de la diversité montréalaise », qui se tiendra à la Station de pompage D’Youville du musée Pointe-à-Callière.

Le Laboratoire tient à remercier chaleureusement MM. Linteau et Desjardins pour cet échange passionnant autour de l’une des grandes artères structurantes de Montréal.