Grand Rendez-vous du Quartier latin 2026 : 200 ans d’histoire pour un secteur emblématique de Montréal

Le 6 mai dernier s’est tenue la 2e édition du Grand Rendez-vous du Quartier latin. Organisé par le Bureau de la relance du Quartier latin, partenaire du LHPM, cet événement visait à dresser un bilan des initiatives menées par l’UQAM et ses partenaires pour la relance du secteur. Ce fut également l’occasion pour Martin Drouin et Joanne Burgess, respectivement directeur et codirectrice du LHPM, de souligner la richesse historique de ce lieu, fruit de deux siècles d’urbanisation, de pratiques sociales et d’ancrage institutionnel.

Pour comprendre le développement du Quartier latin, il faut remonter au début du XIXe siècle, au moment où des propriétaires terriens francophones souhaitent créer un nouveau quartier. Loin d’être la métropole qu’elle est aujourd’hui, la petite ville réunissait alors 5000 habitants, disséminés entre les fortifications de la cité et ses faubourgs modestes. La démolition de la muraille qui ceinturait alors la ville, à partir de 1810, transforma profondément la relation entre celle-ci et ses faubourgs, qui perdirent leur caractère rural pour s’urbaniser à la faveur de l’industrialisation.

Prenant la parole à tour de rôle, Martin Drouin et Joanne Burgess rappelèrent au public les moments charnières du quadrilatère délimité aujourd’hui par le boulevard Saint-Laurent, les squares Saint-Louis et Viger, ainsi que la rue Saint-André. De l’implantation de l’église Saint-Jacques en 1823 à la fondation de l’école de la réforme en 1873, le secteur évolua pour devenir, dans la deuxième moitié du XIXe siècle, un quartier majoritairement bourgeois et francophone.

Ces transformations démographiques jouèrent un rôle important dans l’implantation d’institutions d’enseignement supérieur. La création d’une antenne de l’Université Laval, des facultés de droit et de médecine, des écoles de chirurgie dentaire, polytechnique, ou encore du collège Mont-Saint-Louis attirèrent dès lors une population estudiantine aussi nombreuse que visible. Martin Drouin et Joanne Burgess soulignèrent que ce furent justement les étudiants qui nommèrent ainsi le Quartier latin, dont le nom (et la carte) apparaît pour la première fois dans le Journal l’Écolier, en 1915, en référence au célèbre quartier de la ville de Paris.

Les conférenciers offrirent ensuite un survol de l’évolution du secteur au XXe siècle, dont la première moitié fut marquée par un exode de la bourgeoisie francophone et une période d’appauvrissement de sa population, aggravé par la grande dépression et les guerres mondiales. Ce n’est qu’à partir des années 1950, à la faveur d’un essor économique et d’une volonté de redonner au secteur une vitalité, que les pouvoirs publics, les promoteurs et les acteurs locaux investirent massivement dans son infrastructure urbaine : création du métro (et de la station Berri-UQAM), fondation de l’UQAM, inauguration du palais du commerce permirent notamment d’insuffler un nouveau souffle au Quartier latin.

En guise de conclusion, Joanne Burgess et Martin Drouin soulignèrent la complexité et la richesse de ce secteur où, depuis plus de deux siècles, se sont succédé plus de 70 lieux apprenants, sans compter les institutions (librairies, bibliothèques, musées, théâtres) et les nombreux acteurs du milieu associatif qui ont contribué et qui contribuent, encore aujourd’hui, à faire du Quartier latin un milieu vibrant et un quartier apprenant, selon l’appellation de l’UNESCO.

Cette conférence, qui suscita hautement l’intérêt du public, fut l’occasion pour certains individus présents de souligner l’apport des secteurs communautaires au cours des 50 dernières années, qui jouèrent un rôle moins visible, mais tout aussi important dans la transformation du tissu social du quartier. Car si l’apprentissage est souvent envisagé au sein du cadre institutionnel, il s’opère également, et de manière tout aussi importante, à travers des échanges informels et l’entraide. Cela s’applique tout particulièrement au Quartier latin, dont la mixité sociale s’inscrit dans la longue durée.